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Discours de Nassuf Djailani

À l’occasion de la remise du prix Fetkann ! Maryse Condé – catégorie poésie 2020, pour son recueil Naître ici.

Mesdames, messieurs

D’abord mon bonjour fraternel à tous à qui j’exprime mes plus vifs remerciements, profond respect et infini reconnaissance pour ce choix que je ne suis pas censé célébrer tant que vous n’en aurez pas fait la déclaration publique.

Il doit être aux alentours de 9h45 heure de Paris.

Puisqu’au moment de lire ces mots vous aurez sans doute délibéré, je tiens à vous dire que mon éditeur M. Bruno Doucey est mon meilleur avocat, il le sera j’en suis certain auprès de vous, auprès de votre prestigieuse organisation.

Je suis fier et honoré d’avoir été désigné comme lauréat du Prix Fetkann dans la catégorie Poésie. Sachez mais vous le savez peut-être déjà que Fetkann est une contraction d’une phrase qui résonne à mon oreille et a des ramifications jusque loin dans mes fibres. Je suis natif de la petite île de Mayotte voisine de la grande île de Madagascar et de la Réunion, des Comores, du Mozambique, juste en face de chez moi, de l’Inde plus haut. L’histoire et l’esclavage sont le dénominateur commun de notre espace. Nous sommes les peuples de la mer.

Je suis enfant du divers et du multiple. Je crois que je suis bien auprès de vous maintenant, car je crois que c’est l’esprit et la lettre de ce si beau prix Fetkann Maryse Condé.

J’ai une affection sans borne pour Maryse Condé, pour son œuvre dense, puissante, belle, exigeante. En toute humilité, l’idée de voir mon nom côtoyer le sien est source d’une grande joie. C’est à l’image d’une main délicate sur la tête du petit enfant qui s’approche de sa mère, pour un peu d’apaisement.

L’écriture est une longue traversée sur le chemin de la vie, et rencontrer des lecteurs est la plus grande et la plus belle des récompenses. Vous avoir convaincu, vous, cher jury, c’est savoir qu’il y a un petit peu de place parmi vous pour ce petit pays déchiré qui est le mien, Mayotte.

Vous savez, un mystère entoure ce nom énigmatique qu’est Mayotte. Ce mot viendrait de l’arabe Al juzuru limaote, l’île de la mort, en référence aux nombreux bateaux des pirates qui s’échouaient aux larges à cause de la barrière de corail, qui rendait l’île difficilement prenable. Ne frémissez pas, il n’y a plus de cannibale chez nous – quoi que. Ceux qui viennent nous visiter sont des frères et il y a toujours du thé pour le passant.

Entrez, asseyez-vous, vous êtes de la famille.

Naître ici a aussi ses racines en Guadeloupe si chère à Maryse Condé. Le recueil a germé à la fondation Saint John Perse à Aix en Provence, avant de trouver refuge dans cette belle maison Bruno Doucey à Paris. Nos pays sont des radeaux qui voyagent. Perse vous le savez est né à l’Ilet feuille que vous connaissez bien. Je suis donc heureux et honoré d’être l’un de vos jeunes frères, amis en humanité.

Merci

respectueusement

Nassuf Djailani